16.02.2008

Un mélange des genres

François Bayrou et Simone Veil ont, chacun de leur côté, critiqué l'annonce de Nicolas Sarkozy de faire parrainer des enfants tués dans la Shoah par des élèves de CM2.  

La condamnation la plus symbolique est venue d'un de ses soutiens les plus fervents durant sa campagne présidentielle, Simone Veil, ancienne déportée et présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah :

"Inimaginable, dramatique, injuste", s'est-elle révoltée, estimant cette mémoire "bien trop lourde" à porter pour des enfants de cet âge.  Initiative Sarkozy: "un mélange des genres" qui pose de "lourdes questions" (Bayrou)

PARIS, 15 fév 2008 (AFP) - François Bayrou, président du MoDem et ancien ministre de l'Education nationale, a qualifié vendredi l'initiative de Nicolas Sarkozy d'associer chaque élève de CM2 à la mémoire de la Shoah de "mélange des genres entre émotion et Histoire qui pose de lourdes questions".

Interrogé vendredi par l'AFP, M. Bayrou a estimé que "c'est une annonce qui suscite beaucoup de trouble et d'inquiétude dans les familles et chez les éducateurs".

 "Charger un enfant de 9 à 10 ans de la mémoire personnelle, du nom et de l'histoire d'une petite victime de cette épouvantable tragédie, cela risque d'avoir des conséquences psychologiques et morales très lourdes", estime le leader centriste.

"On a l'impression que ces conséquences n'ont pas été envisagées, comme elles auraient dû l'être", a-t-il ajouté.

 "Il y a une question de démocratie qui se pose. Appartient-il au président de la République de sa propre volonté d'introduire ainsi, non pas seulement dans les programmes, mais dans la sensibilité des enfants, des évocations de cet ordre?".

"Jamais cela ne s'est produit dans la République française et à ma connaissance dans aucun autre pays", a-t-il commenté.

"Après la lettre de Guy Mocquet, poursuit M. Bayrou, c'est un autre mélange des genres, entre émotion et Histoire, qui pose de lourdes questions et qui doit faire naître débat sur la manière dont l'Ecole risque d'être utilisée, même pour des fins louables".

 "Si l'on entre dans cette voie, on aura d'autres demandes autour de l'esclavage par exemple, autour de la colonisation et l'Histoire est hélas pleine de victimes et de tragédies", prédit M. Bayrou, pour qui il "est juste que les enfants en soient informés et éduqués, mais sans doute éminemment plus discutable qu'ils soient émotionnellement plongés dans ces drames".